Clementine Lucine, Championne du Monde de ski nautique en 2007 et doublement titrée lors de la Coupe du Monde 2008 en slalom et figures, s’est confiée au blog Startin’Sport.

Une belle interview d’une sportive Tricolore multi-médaillée, et qui mériterait une plus grande médiatisation…

 

– Clementine, après avoir commencé par le patinage artistique, qu’est ce qui t’a poussée vers le ski nautique ?

L’été de mes 3 ans, Vanessa Gusmeroli, qui était entraînée par mes parents en patinage artistique, m’a fait découvrir le ski avec ses parents, au Ski Nautique Club de Sevrier-Annecy.

Photo : Thomas Gustafson

J’ai tout de suite accroché et je suis très vite devenue passionnée. Par la suite, j’ai continué le patinage une dizaine d’années, ce qui m’a bien aidée sur l’eau par la suite.

 

– Quelles sont les sensations qu’on ressent en pratiquant le ski nautique ?

C’est un sport à émotions, qui a la chance d’apporter de nombreuses sensations différentes selon les disciplines.

 Le Slalom offre une sensation de liberté et de vitesse, qui peut être similaire au slalom géant en ski alpin.

Les Figures, plus similaires au patinage artistique, ou à la gymnastique, apportent également une grande émotion lorsqu’un parcours ou une nouvelle figure sont réussis. La technique et la rapidité sont les clefs en Figures.

Le Saut par contre est très différent, c’est une discipline qui mélange vitesse, danger, et plaisir de voler. C’est un mélange de slalom et saut en ski alpin. C’est fascinant !

 

– Quelles qualités faut-il avoir pour percer dans ce sport ?

Comme la majorité des sports, la motivation, l’entraînement, la technique, la tonicité et le mental sont les clefs pour percer.

Photo : Thomas Gustafson 

Sur le plan purement physique, il est plus facile de percer en Slalom en étant grand, et le contraire pour les Figures, mais comme partout il y a toujours des exceptions.

 

– Tu pratiques le slalom, le saut, les figures et le combiné : en quoi consistent ces différentes disciplines ?

Je vais essayer de faire au plus simple 🙂

Un Slalom contient 6 bouées. Aprés chaque passage réussi, quand le skieur est passé derrière les 6 bouées, la corde est raccourcie pour que cela devienne plus dur de passer derrière les bouées.

L’objectif du slalom, c’est donc de faire le plus grand nombre de bouées avec la corde la plus courte.

Les Figures consistent elles en 2 passages de 20 secondes, où le skieur effectue le plus grand nombre de figures, avec le plus de difficultés possible.

Chaque figure vaut un certain nombre de points (plus le niveau de difficulté est haut, plus la figure vaut de points). Le but est de faire le plus grand nombre de points.

Photo : Thomas Gustafson

En Saut, le but est d’aller le plus loin possible. Le skieur effectue une « double coupe », qui consiste à traverser les vagues du bateau 2 fois, afin d’arriver sur le tremplin avec le plus de vitesse et précision pour voler le plus loin possible.

Enfin, le Combiné, c’est la combinaison des 3 disciplines (slalom, figures et saut).

Pour le classement du combiné, on attribue un certain nombre de points pour chaque discipline réalisée, et l’addition des 3 donne le classement du combiné.  Un skieur a le choix de pratiquer une, deux ou les trois disciplines s’il le veut.

Le Combiné est ainsi la discipline la plus dure techniquement et physiquement, mais pour tout skieur, c’est celle qui apporte le plus de variété, plaisir et mérite.

 

– Quelle est d’ailleurs ta discipline favorite, et pourquoi ?

C’est une question qui est difficile à répondre pour moi. A l’entraînement, je préfère les sensations de glisse du Slalom, et les sensations de dépassement de soi en Figures, par rapport au saut.

Par contre en compétitions, si je fais un saut très long, il n’y a pas de discipline équivalente en sensations fortes. C’est très dur de choisir…

Photo : Thomas Gustafson

Je suis passionnée par les trois, des fois un peu apeurée par le saut, mais dans l’ensemble je reste une combinettiste dans l’âme et j’aime ce que m’apportent les 3 disciplines.

 

– Après 3 titres de Championne du Monde Junior en 1998, tu possèdes 10 ans plus tard un palmarès vraiment impressionnant chez les seniors… t’imaginais-tu une telle réussite ?

 Je ne dirai pas que je l’imaginais, mais j’en rêvais en tout cas.

 Quand on prend goût a la réussite, tout sportif le dira, on en demande plus. Même si je le gardais pour moi quand j’étais Junior, j’ai toujours été motivée par le fait de réussir un jour en Open.

Espérer être un jour Championne du Monde et prouver que je pouvais y arriver, a toujours été ma source de motivation.

 

– De nombreux titres de Championne d’Europe, du Monde… quel est ton secret pour rester au top depuis toutes ces années ?

Beaucoup d’entraînement de qualité, beaucoup de motivation, de bons entraîneurs car l’encadrement est vital, un bon équilibre mental, et surtout la volonté d’y arriver.

 

– La saison 2008 a été magnifique pour toi : tu as battu par 3 fois ton record du monde de figures, tu as remporté 2 Coupes du Monde… que retires-tu de cette année écoulée ?

Cette année m’a beaucoup apporté, a la fois en récompenses et en expérience.

J’ai remporté ma première victoire en Slalom, c’est une sensation que je ne connaissais pas jusqu’à maintenant, et cela m’a procuré de nouvelles émotions vraiment fortes, vraiment différentes. J’aimerais connaître ça en saut maintenant ! 🙂

Photo : Thomas Gustafson

Cette année, j’ai aussi changé mes parcours de figures, après m’être faite battre en début de saison avec un gros score par une de mes plus sérieuses concurrentes.

Cette claque m’a en quelque sorte réveillée et doublement motivé, et m’a permise d’enfin prendre plus de risques : peu de temps après ce moment là, j’ai gagné la Coupe du Monde en Figures et battu le Record du Monde…

C’était une bonne année pleine d’expériences !

 

– Pour la 3e année de suite, tu as été désignée athlète Féminine de l’année par la Fédération Internationale : ça doit faire plaisir non ?

Bien sûr, c’est une récompense qui fait d’autant plus plaisir qu’elle regroupe tous les sports nautiques liés a l’IWSF, dont le wakeboard.

Je le prend comme un honneur d’avoir été élue 3 années de suite, surtout qu’il me semble que je suis la première Française a avoir été récompensée.

Ca a été la bonne nouvelle des trois derniers débuts d’année !

 

– Tu as brillé, début Mars 2009, sur les Moomba Masters : la saison 2009 débute plutôt bien !

Oui je suis très contente de ce que j’ai fait, en Figures surtout.

J’aurais aimé un peu plus de réussite en Slalom et Saut, mais il est difficile d’être prête pour les 3 disciplines si tôt dans la saison. J’étais plus prête en Figures.

 Je suis surtout très contente d’avoir déjà dépassé les 8000 points début Mars.

C’est un début de saison qui me plaît, j’ai fait de bonnes choses et de moins bonnes choses, ce qui me motive en ce moment à l’entraînement car je me dis que j’ai encore beaucoup de travail.

Je me dis que rien n’est gagné, et que comme cette année va être dure, toute source de motivation est bonne a prendre 🙂

 

– Anaïs Amade et Marion Mathieu se sont aussi illustrées sur ces Moomba : ce gros niveau en Equipe de France doit t’être vraiment bénéfique non ?

Bien sûr, c’est un gros avantage d’avoir une équipe de France aussi forte.

Cela me permet déjà de m’entraîner avec certains afin de progresser techniquement et de partager une bonne émulation, et cela me permet aussi de me battre contre d’autres afin d’apprendre a être plus forte mentalement.

Avec Marion Mathieu, qui est ma partenaire d’entraînement, nous nous sommes entraidées et motivées l’une l’autre pendant les Moomba Masters, ça a été un atout pour toutes les deux.

Photo : James Leahy

L’Equipe de France est une source de motivation, d’entraide, de soutien, mais aussi de guerre et de compétition. C’est un grand mélange qui selon moi est un ingrédient important à la réussite.

Nicolas Leforestier par exemple, est un pilier important dans l’équipe de France.

Non seulement il est présent pour aider techniquement – et m’a d’ailleurs beaucoup appris à l’entraînement – mais est aussi présent sur le ponton quand il sait que j’ai besoin de lui.

Le fait de se supporter l’un l’autre dans les moments importants et stressants, c’est un bel atout.

 

– Tu es multi-médaillée, et pourtant tu es peu médiatisée… c’est frustrant ?

Oui beaucoup 🙂
C’est surtout frustrant de voir que plus les années passent, moins il y a de Coupes du Monde qui s’organisent car de moins en moins de sponsors investissent, du fait du manque de médiatisation.

C’est également dommage de voir à quel point il est difficile de vivre de son sport lorsque l’on n’est pas assez connu.

Mais le plus triste dans tout ça, c’est de ne pas pouvoir faire plus découvrir un sport aussi génial et complet en France, car je resterai toujours persuadée que tous les enfants adoreraient ça.

Photo : Sebastien Cans

Heureusement que personnellement, j’ai la chance d’avoir quelques sponsors fidèles en plus de la FFSN, qui financièrement m’aident à poursuivre ma carrière et ma passion.

Comme le Casino de l’Imperial Palace d’Annecy, la marque de bateau Correct Craft, Ramus Industries, le Troc Auto, mon club de Sevrier-Annecy, la ligue Rhône-Alpes et le Senior Tour.

J’espère qu’ils continueront cette aventure avec moi et que d’autres voudront nous rejoindre, pour qu’il y en ait encore de plus belles.

 

– La récente nomination de Patrice Martin à la tête de la Fédé peut-elle faire changer les choses ?

Vraiment, je l’espère. J’espère que Patrice et sa nouvelle équipe feront du super travail.

J’espère qu’ils seront forts en communication et qu’ils sauront nous aider pour que nous arrivions de nouveau a être un jour Champions du Monde par équipe.

Nous avons besoin d’entretenir de bonnes relations avec la presse, de trouver des sponsors, de développer nos clubs pour que l’on ait plus de pratiquants…

 Photo : Thomas Gustafson

Et surtout de mettre tous les atouts possibles du coté des équipes de France et cadres techniques, pour continuer à avoir de supers résultats et en espérer de meilleurs encore.

 J’ai confiance en lui et en son équipe. C’est une affaire qui est à suivre…

 

– Tu es originaire d’Annecy, récemment désignée comme ville Française candidate à l’organisation des JO 2018…vas tu t-impliquer dans le projet ?

Oui, je vais faire le maximum. C’est un projet qui me tient beaucoup a cœur.

Le fait d’avoir la possibilité de faire découvrir notre magnifique ville et région au reste du monde serait déjà un honneur, mais en plus participer à l’organisation des JO, ce serait un rêve pour tous les sportifs Anneciens.

Je ferai tout ce qui est en mon pouvoir pour soutenir notre candidature et m’engager.

Serge Martinot a déjà créé l’association ENG (Eau, Neige et Glace) pour la gestion durable de l’eau des montagnes, dont je fais partie en tant que soutien sportif.

Il paraît important de pouvoir lier la sauvegarde de notre planète avec le sport de haut niveau, car sans terrains de jeux nous ne serions rien.

Des Jeux Olympiques sains et écologiques, c’est un défi dont j’aimerais vraiment faire partie.

 

Le  ski nautique n’est d’ailleurs pas encore au programme des Jeux, ça te peine de ne pas pouvoir goûter à l’ambiance olympique ?

Oui ça c’est sur. C’est le rêve de tout sportif de participer aux Jeux.

 Malheureusement ce rêve s’est envolé pour moi il y a quelques années, lorsque nous étions très proches de rentrer pour les Jeux d’Athènes et que finalement nous avons été refusés.

Je ne perd pas du tout espoir que le ski y sera dans un futur proche, mais je n’y ferai juste pas partie en temps qu’athlète. Mais peut être que j’aurai un autre rôle, qui sait ?

 

– Quels sont tes objectifs pour 2009 ?

Cette année je remets mes deux médailles d’or en jeu aux Championnats du Monde, donc mon objectif principal c’est de tout faire pour les garder. La concurrence est de plus en plus rude, donc il va falloir être forte.

Ensuite bien entendu il y a les Championnats d’Europe où je joue la médaille d’or en Figures et Combiné, mais j’aimerais vraiment commencer à me rapprocher de la victoire en Slalom, et du Podium en Saut.

Photo : Sébastien Cans

Il y a également l’US Master fin Mai, les Coupes du Monde, et les jeux Méditerranéens où j’aimerais ramener le plus de médailles possibles.

 

– Que peux-t-on te souhaiter pour la suite ?

Sportivement, j’aimerais vraiment être la première femme à réaliser plus de 9000 points en Figures. Je commence déjà à travailler des parcours que j’essayerai l’an prochain en compétitions.

Ensuite, j’aimerais gagner encore plus de médailles, avoir tout autant de plaisir, et surtout me dépasser pour voir jusqu’où je peux aller.

Les années sont comptées mine de rien, donc il faut en profiter.

Par la suite, j’espère que ma reconversion se passera bien, mais il me reste encore un peu de temps avant ca… 🙂

 

– Dernière question, que penses tu du blog Startin’Sport ?

C’est une excellente idée que vous avez eu. Le blog est super et surtout très moderne.

C’est la possibilité de suivre un peu tous les sports, et surtout c’est un format qui change. C’est vraiment agréable d’aller voir les actus de beaucoup de sports différents sur le même site.

C’est une adresse enregistrée pour moi maintenant, tout comme ça l’était déjà pour Patricia Nanique, mon amie qui s’occupe de mes relations presse et qui m’en avait déjà parlé.

C’est un site à connaître pour tous les passionnés du sport. Merci !

 

Pour vous donner un aperçu du grand talent de Clémentine, voici la vidéo de son record du monde en figures, obtenu en 2008 !

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Interview Clementine Lucine, Championne du Monde ski nautique écrit par Startin' Sport avec une note moyenne de 5/5 - 1 vote(s)

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