Le blog Startin’ Sport vous propose aujourd’hui l’interview de la Norvégienne Karina Hollekim, ancienne skieuse et Base Jumpeuse professionnelle, qui a dû stopper sa carrière suite à un grave accident.

Est récemment sorti le DVD du documentaire  « 20 seconds of joy » , retraçant son parcours et sa force de caractère hors du commun !

 

– Karina, qu’est ce qui t’a poussée vers le Base Jump et le Ski Base ?

J’ai toujours été fascinée par les oiseaux et leur capacité à voler. Comme beaucoup d’enfants, je rêvais d’apprendre à voler. Je voulais ressentir la même liberté qu’eux et j’admirais leur talent à voltiger dans le ciel.

 On m’a dit que je devais être plus réaliste dans la vie, parce que les gens ne volent pas…15 ans plus tard, je me suis rendu compte qu’il était possible de voler avec son corps humain et cela devint donc un choix naturel pour moi.

J’ai grandi comme une skieuse et j’ai passé tout mon temps libre à pratiquer cette activité. Je gagnais ma vie comme skieuse professionnelle lorsque j’ai commencé à faire du Base jumping, et cela devint mon rêve de combiner les deux sports que j’aimais le plus.

Marier ces deux activités ouvre de nouveaux horizons jamais touchés auparavant, cela nous a permis de descendre des pentes que nous n’aurions jamais osé envisager dans nos rêves les plus fous…

 

– Qu’a tu ressenti lors de ton premier saut en base jump ?

Mon premier saut n’avait rien de particulier étant donné que je souffrais de vision en tunnel et ne me rendais pas compte de ce qui ce passait.
Lors de mon deuxième saut, toutefois, j’étais toute seule et je grimpais les montants d’acier d’un pont en Californie en plein milieu de la nuit.

Si l’on tient compte du fait que je suis effrayée par la noirceur, cela s’est révélé une expérience tout à fait effarante !

 

– L’adrénaline et les sensations fortes sont-elles à cette époque devenues un « besoin » pour toi ?

Au départ, ces sensations extrêmes n’étaient que le fruit du désir de ressentir des émotions fortes, qu’on ne puisse contrôler.

Dans la pratique du base jumping, on se retrouve pris dans un tourbillon d’émotions et on peut aller de la peur extrême à la joie, d’une seconde à l’autre. Dans la vie quotidienne, on tente toujours de se protéger de ces émotions sur lesquelles on n’a pas prise.

Le base jumping devint pour moi une manière d’explorer, tant mentalement que physiquement.
 

 

– On éprouve quand même de la peur avant le saut, après des années de pratique, ou est-ce que cette peur est totalement « domptée » ?

Plus on acquiert de l’expérience en tant que base jumper, plus il devient difficile d’obtenir les mêmes sensations lors d’un saut, par rapport à ce qu’on a pu ressentir tout au début.

De manière à retirer la même adrénaline, on doit pousser ses limites encore plus loin.

Après avoir fait certains sauts plusieurs fois, je n’étais plus effrayée, et sauter d’une falaise d’un millier de mètres n’avait plus rien de spécial pour moi…

 

– En ayant conscience du danger de ce sport,  as-tu eu un moment envie, par le passé, de tout arrêter ?

Dans les moments où j’ai perdu des amis proches, je me suis bien sûr demandée si cette activité en valait le coup.

Mais ma réponse est restée toujours la même, ce qui fait que jamais je n’ai envisagé de stopper.

 

–  En 2006, tu as donc subi un lourd accident lors d’un saut d’exhibition : quand tu as réalisé que ton parachute s’ouvrait mal, quelles ont été tes premières pensées ?

 
Ça y est ! Je vais y rester !

 

– En étant passée aussi près du pire, regrettes- tu tout ces risques pris ? Comment analyse t-on avec le recul tout cela ?

NON, aucun. Même si je devais passer le reste de ma vie en fauteuil roulant, je ne regretterai jamais.
J’ai davantage expérimenté, lors de mes années comme base jumper et skieuse, que la majorité des gens en toute une vie. J’ai choisi ce style de vie, comment pourrais-je le regretter ?

 

–  Tu as réussi à repartir immédiatement de l’avant « mentalement « après cet accident, ou t’as t’il fallu un certain temps ?

3 ans se sont écoulés depuis mon accident et j’ai subi 20 chirurgies jusqu’ici.  J’ai passé plus de temps à l’hôpital et dans des centres de réhabilitation que dans mon propre lit, mais malheureusement je ne peux toujours pas pratiquer de sports, quels qu’ils soient.

Il n’empêche que je suis capable de marcher, de voyager et de mener une vie heureuse, et c’est déjà important.

Mon but est de me remettre à ski cet hiver, mais mon corps ne sera hélas jamais suffisamment fort pour atteindre le niveau que j’avais par le passé.

 

– En France, nous avons un proverbe qui dit « ce qui ne tue pas rend plus fort » : cette épreuve t’a t’elle ainsi renforcée  ?

Tout à fait. Passer 3 ans de sa vie à combattre pour retourner à la normale, cela change une personne.
Je suis certainement différente aujourd’hui de la personne que j’étais il y a 3 ans.

J’ai vécu une expérience que je ne souhaite à personne et je suis devenue beaucoup plus détendue.

Je ne tiens plus rien pour acquis, je sais comment la vie peut changer en un éclair et j’essaie d’en profiter et de me focaliser sur toutes les choses positives qui m’entourent.

 

– Quel message as tu envie de faire passer au travers du film « 20 seconds of joy « , réalisé par Jens Hoffmann ?

Mon message serait d’encourager les gens à croire en leurs rêves et de foncer pour les réaliser.

Je me suis blessée en pratiquant un sport extrême, mais je crois que mon histoire est universelle en cela que l’on peut parfois prendre un coup qui nous étourdit un moment, et ce qui compte ensuite est de trouver la force et la détermination de poursuivre le combat et reprendre sa vie en main.

 J’espère qu’en étant honnête et en faisant connaître mon histoire, je peux inspirer d’autres personnes à oser croire en elles-mêmes et à ne jamais cesser de se battre.

 

– Tu restes très impliquée dans le monde sportif, par exemple avec The North Face : cela aide t-il à ton développement personnel ?

Cela fait une grande différence pour moi d’être capable d’apporter ma contribution à la « communauté » du ski, dont j’ai fait toujours partie.

Même si je n’y participe pas activement, c’est beaucoup mieux que de m’isoler à la maison.  Mes amis m’aident à me motiver à retourner dans les montagnes auxquelles j’appartiens.

Cela a aussi fait toute la différence de recevoir l’appui à 100% de The North Face et de Red Bull après l’accident. Ils croient en moi et me donnent l’opportunité de consacrer tout mon temps et mes énergies à me battre pour retourner dans les montagnes.

 

Ça me fait sentir plus forte de savoir qu’ils ne me laissent pas tomber et c’est d’autant plus important pour moi de leur montrer que j’en suis capable !
Si je n’avais pas reçu leur soutien, ainsi que celui de mes amis et de ma famille, je n’en serais pas où j’en suis aujourd’hui.

 

– As-tu l’impression qu’une seconde vie commence pour toi, une vie différente du moins ?

Je ne sais pas s’il s’agit d’une seconde vie, mais c’est du moins une seconde chance et une nouvelle sorte de vie…

 

– Tu espères rechausser des skis d’ici peu : « ces retrouvailles »avec les skis sont-elles nécessaires, selon toi, à ton développement personnel ? 

Oui, absolument. Je skie depuis que je suis toute petite et tous mes amis de même.

Je crois que pour une fille à qui on a dit qu’elle ne remarcherait jamais, être capable de skier devrait être pas mal du tout !

 

– Qu’as-tu ressenti lorsque tu as appris le récent décès de Shane Mc Conkey en ski base ?

 Quelque chose d’inexprimable. Il a laissé un énorme vide qui ne pourra jamais être comblé. Il nous manque à tous chaque jour…

 

–          Quels sont tes prochains objectifs ?

Je me concentre actuellement sur les conférences que je donne, en plus de mon entraînement quotidien.  Je vais me rendre aux États-Unis cet automne et faire une tournée avec 2 autres athlètes de North Face.

Faire des discours est éprouvant et gratifiant à la fois et c’est quelque chose de nouveau pour moi depuis l’accident. J’aime la sensation que je ressens en faisant des discours, jusqu’ici c’est la seule manière pour moi de m’éclater ! 😉

 

 – Que peux t-on te souhaiter pour la suite ?

Une bonne saison de ski !

 

Pour conclure, nous vous invitons à visionner le teaser du film « 20 seconds of joy », et on ne peut que féliciter Karina pour son extraordinaire volonté…

 

 

 

 

 

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Interview de Karina Hollekim écrit par Startin' Sport avec une note moyenne de 5/5 - 1 vote(s)

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