Le blog Startin’Sport a réalisé il a quelques jours l’interview de Hassan Mouti, un Français engagé sur les Red Bull Cliff Diving Series, une compétition de plongeon extrême.

Hassan vient d’ailleurs de terminer 4e de l’épreuve de Cliff Diving en Italie disputée ce Dimanche 26 Juillet, le meilleur résultat de sa carrière : on lui souhaite de continuer à bien performer !

 

– Hassan, après tes titres en plongeon à 10 Mètres, qu’est ce qui t’a poussé vers le Cliff Diving ?

 Je plongeais en compétition depuis plusieurs années déjà et il n’y avait pas vraiment d’avenir [ndlr : Hassan a été Champion de France en 2001 et 2002, en plongeon olympique à 10 Mètres].

Je m’ennuyais un peu, j’ai donc décidé de prendre part à des spectacles de plongeon à 25 Mètres pour m’ouvrir de nouvelles perspectives. 

En 2003, on m’a invité à venir découvrir le plongeon extrême à Acapulco, ça m’a plu et j’ai pris part à ma première compétition, la même année à Monaco.

 

– La 1ère étape de la saison 2009 avait lieu pour la 1ère fois en France, à La Rochelle : ça rajoute de la pression ?

C’est vrai que c’était impressionnant de plonger à La Rochelle, mais ça n’a pas ajouté de pression.

C’était plutôt motivant au contraire de plonger en France, d’autant que des amis avaient fait le déplacement !

Le public a été derrière Cyrille [ndlr : Oumedjkane, autre Français engagé en Cliff Diving] et moi du début à la fin et sur ce genre de compétition, c’est un sentiment vraiment très fort !

Après, c’était aussi l’opportunité pour nous de faire connaître notre sport en France, auprès du grand public et d’éventuels partenaires.

 

– Ca a été un succès populaire, avec 25 000 spectateurs : ça te fait plaisir que ce sport soit un peu plus médiatisé en Hexagone ?

En effet, La Rochelle a été un véritable succès médiatique et populaire.

Après 5 ans de pratique je suis ravi que le Cliff Diving soit enfin médiatisé en France, car cela permettra de susciter des nouvelles passions et de me faire connaître auprès de sponsors potentiels.

 

– Comment arrive t-on à surmonter ses appréhensions, au moment de sauter de 26 Mètres ? Faut « débrancher le cerveau » et sauter sans se poser de questions ?

Bien au contraire, il ne faut surtout pas débrancher son cerveau avant de sauter.

Chaque saut est méticuleusement travaillé en amont. Chaque mouvement en l’air est préparé pendant de longues séances d’entraînement. L’expérience, le sang froid et la concentration jouent un rôle important pour chaque plongeon.

Le danger et la peur font néanmoins partie de ce sport, mais ils nous permettent aussi d’être plus attentifs et de bien préparer nos évolutions.

 

–  T’es tu déjà dit : « j’ai pas intérêt à faire un plat dans l’eau, à cette hauteur » ?

Je me le dis constamment avant chaque saut !

Un « plat » à une hauteur de 26 mètres peut faire de gros dégâts au corps.

Mon but principal est d’arriver les pieds en premiers dans l’eau, sans me blesser…

 

– C’est d’ailleurs ce qui était arrivé au plongeur Laurent Fischer à La Rochelle, retombé sur le dos : ça fait prendre conscience des risques de ce sport ?

En effet Laurent s’est fait une grande frayeur à La Rochelle. Perdre tous ses repères pendant sa figure est ce qui peut arriver de pire pour un Cliff Diver.

Je suis conscient des risques de ce sport et, quand un problème arrive à un ami, on en prend encore plus conscience…

Heureusement plus de peur que de mal pour Laurent, il a eu une simple entorse lombaire.

 

– Tout doit être réglé au millimètre pour chaque saut : sur quoi se base ta préparation physique et technique ?

Ma préparation physique se base sur des exercices musculaires dynamiques, avec de petites charges. J’ai en effet besoin de fournir 150 % de mon énergie en l’espace de quelques secondes.

Il y a aussi le travail de souplesse, du sens de l’équilibre et de l’esthétique.

La technique, je la travaille sur un trampoline ainsi que sur une plate-forme de 5 mètres et 10 mètres.

Cette partie est très importante, mais il faut des années d’entraînement pour avoir une technique parfaite. Après 18 ans de plongeon olympique et 5 ans de Cliff Diving, je ne cesse d’améliorer ma technique.

 

– Je crois que ton objectif est d’intégrer le Top 5 Mondial, tu as d’ailleurs fini 6e à Rotterdam et Dubrovnik : le niveau est super élevé non ?

Oui mon objectif est d’être dans le Top 5 mondial.

Ma 6e place à Rotterdam m’a ravi, mais mon classement à Dubrovnik m’a laissé un peu sur ma faim. J’ai fini 6e, à 2 petits points de la 4e place, ce qui représente une poussière dans le Cliff Diving [ndlr : Hassan a désormais réussi à atteindre cette 4e place, lors de la dernière épreuve Italienne].

Le niveau n’a jamais été aussi élevé auparavant.

La plupart des cliff divers ont des figures très compliquées à gros coefficient de difficulté. Le classement général est ainsi très serré de la 3e à la 10e place.

 

 –  Peux-tu nous décrire en quoi consistaient tes différents sauts à Dubrovnik ? Quelles figures y a tu réalisé ?

La première figure est toujours un plongeon imposé, c’est-à-dire à coefficient de difficulté limité de 2,4. Tout le monde a le même coefficient. Moi j’ai réalisé un salto arrière groupé.

Les deux plongeons suivants sont ensuite libres, c’est-à-dire que chaque plongeur fait la figure qu’il veut et chaque figure a son propre coefficient de difficulté.
J’ai tout d’abord un « quadruple sauts périlleux retourné avec une demi vrille ». C’est donc un départ en position arrière avec rotation en avant.

Mon dernier plongeon était un « quadruple sauts périlleux arrière avec une vrille ». C’est un départ arrière avec une rotation arrière. Je fais la première demi vrille dans le premier salto, et je finis ma dernière demi vrille dans le dernier salto.

 

– Qu’est ce qui te manque encore, selon toi, pour remporter une étape de Cliff Diving ?

Il me manque de l’expérience. Tous les plongeurs dans le Top 6 Mondial ont plus de 33 ans, à l’exception d’un plongeur.

Cette année je peux proposer des plongeons très difficiles, il me reste juste à les exécuter de manière parfaite.

 

– Ca te fait quoi de côtoyer Orlando Duque, 9 fois Champion du Monde et encore en tête du général cette année ?

Je suis ravi de le côtoyer. C’est une figure emblématique du Cliff Diving et il a beaucoup apporté à ce sport.

De plus, malgré ses 9 titres de Champion du Monde, il répond toujours présent lorsque je lui demande conseil. Il vient s’entraîner quelques fois à Strasbourg et il m’est d’une grande aide.

Il est en tête du classement général, mais il est conscient que derrière ça se bouscule, alors il s’entraîne continuellement !

 

– L’autre Frenchie du Tour, Cyrille Oumedjkane, est engagé depuis 9 ans en plongeon extrême : vous vous donnez des conseils avant les compètes ?

Oui, on se donne des conseils avant, pendant et après les compètes. On s’entraîne ensemble toute l’année.

Pendant les compètes nous ne venons pas avec un entraîneur, on s’entraide tous.

Notre philosophie est similaire à celle des surfeurs, nous sommes une petite famille et nous prenons soin les uns des autres.

 

Tu as de nouvelles figures en préparation pour les prochaines étapes du Cliff Diving ?

Comme je l’ai dit un peu plus tôt, l’expérience est une clef de la réussite en Cliff Diving. Il faut donc faire et refaire les mêmes figures afin de les perfectionner.

Les figures que j’ai réalisé à La Rochelle sont des plongeons que j’ai appris cet hiver. Je vais donc les perfectionner pour atteindre mon objectif.

 

– Ton moteur, c’est l’adrénaline ?

L’adrénaline est mon moteur principal, tout à fait.

Mais il y aussi le plaisir de montrer notre talent au public, et bien entendu les retrouvailles avec tous les plongeurs.

 

Même si y’a un boulot énorme avant chaque compète, il faut être un peu « dingue » pour se lancer là dedans non ?

 C’est vrai qu’il faut une petite case en moins, ou en plus, pour sauter de là haut !

Mais c’est le pied total quand on réussit nos figures.

Imaginez qu’on s’entraîne toute l’année pour un peu plus de 2 secondes en l’air à 90/100 Km/h…

 

– Le saut qui t’as procuré le plus de sensations, depuis tes débuts en Cliff Diving ?

C’était lors de ma première compétition, aux Red Bull Cliff Diving de Monte-Carlo en 2003.

Ce premier plongeon m’avait procuré un maximum de sensations, avant même de monter sur la plate-forme !

 

– Si le Cliff Diving s’arrêtait, tu retournerais au plongeon olympique, ou tu te lancerais dans le Base Jump ?

 J’espère que le Cliff Diving ne s’arrêtera jamais ! 

On va plutôt tourner la question d’une autre façon. Si je décidais d’arrêter le Cliff Diving, je me lancerais en effet sûrement dans le Base Jump.

Les sensations sont similaires, seulement dans le Base Jump on a le parachute et c’est un peu plus haut.

J’ai déjà fait du Sky Dive et j’ai adoré…

 

– Quel serait ton message pour encourager des sponsors à miser sur toi ?

C’est un sport extrême qui est en pleine croissance. Tant les médias que le public adorent ce sport, au vu  des accueils que nous avons reçus dans chaque pays.

De plus, c’est un sport qui est en phase avec la nature. Le Cliff Diving a une image jeune, équilibrée, dynamique, sportive et est plein d’avenir. 

 

– Que peux t-on te souhaiter pour la suite ?

De ne pas me blesser, de plonger le mieux possible et de trouver des sponsors !

 

– Dernière question, que penses tu du blog Startin’Sport ?

Ce blog est super cool. Ca fait super plaisir de voir que Startin’Sport est avec nous depuis les débuts des Red Bull Cliff Diving Series.

Et je remercie toute l’équipe de l’intérêt que vous portez à ce sport : vous faites du super boulot !

 

Crédit photos : Red Bull Photofiles

Pour conclure, voici deux vidéos mettant en lumière les Cliff Diving Series La Rochelle de Mai 2009, avec Hassan Mouti évoquant les « coulisses » de l’évènement dans le premier extrait…

 

 

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Interview Hassan Mouti, plongeur de l’extrême écrit par Startin' Sport avec une note moyenne de 5/5 - 3 vote(s)

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