Le blog Startin’ Sport vous propose aujourd’hui une belle interview du Français Michel Disdier, pilote automobile engagé en 2009 dans un Championnat de stock-car Américain, la catégorie ARCA.

Reconnue comme la 4e division de la NASCAR, prestigieuse compétitition américaine, ce Championnat ARCA a vu passer Juan Pablo Montoya, Dario Franchetti, et plus récemment Scott Speed (en 2008).

 

– Michel, d’où te viens cette véritable passion pour le Nascar ?

Au départ, c’est vrai que je ne connaissais pas trop la NASCAR, les premières images que j’en ai vues viennent du film « Jour de tonnerre » avec Tom Cruise et Nicole Kidman.

Fin 1998, après ma première saison complète en sport automobile en Formule France, je me suis intéressé aux Etats-Unis. D’abord pour vivre une aventure humaine et sportive dans un nouvel environnement.

J’ai à ce moment-là, pris contact avec Eric Bachelard, team-manager d’origine belge qui gérait le team Conquest Racing. A cette époque, cette équipe était en Indylight, l’équivalent de la Formule 3000 européenne.

C’est là que j’ai commencé à prendre conscience des disciplines automobiles américaines, et j’ai découvert la NASCAR, qui était la discipline de course automobile la plus réputée.

Ce challenge d’intégrer ses rangs m’a fortement attiré !

Le problème était qu’aucun pilote Français ou Européen, n’y était présent et, dès les premières fois où j’en ai parlé à des gens du milieu, ils m’ont tous pris pour un fou !

Ils pensaient que la NASCAR était seulement réservée aux pilotes Américains…

Bref, je n’ai plus lâché cette idée et, dès fin 1999, j’ai commencé à prendre contact avec les dirigeants de la NASCAR, qui m’ont tout de suite pris au sérieux, et se sont montrés intéressés à l’arrivée d’un pilote venant d’un autre horizon.

 

– En France, l’univers du stock-car Américain est encore mal connu : quelles sont ses spécificités ?

La principale spécificité  de ces courses, et qu’elles se déroulent à 90% sur des circuits ovales, de différentes tailles.

Il y a les short tracks (petits ovales de moins d’1 km), les speedways (d’environ 2 miles, soit 3,2 km) et enfin les super-speedways, comme Daytona, Talladega, Indianapolis, qui font plus de 4 km.

De même, suivant les circuits, les virages sont plus ou moins inclinés, on appelle cela le « banking ». 

A Daytona, les virages sont inclinés à plus de 30°, ce qui nous permet de rester pratiquement à fond, c’est-à-dire aux alentours des 300 km/h.

Chose importante aussi, le fait que dans l’habitacle nous ne voyons pas grand chose autour de nous, c’est pour cela qu’un spotter est attaché à chaque pilote : il surveille la course d’un point élevé sur le circuit, et nous donne des informations très importantes tout au long de la course.

Dernier détail important, les courses durent en moyenne deux heures et demi.

 

– En 2008, tu a participé à 2 courses dans le Championnat ARCA : peux-tu nous en dire plus ?

Tout d’abord pour en arriver là, il m’a fallu beaucoup de temps, de prise de contact avec les dirigeants de la NASCAR, les équipes, etc…

J’ai dû trouver les moyens de rencontrer une équipe me faisant confiance, pour aller effectuer mon premier test sur circuit ovale.

Tout cela m’a pris beaucoup de temps et d’énergie, mais au final quelle joie de me lancer pour la première fois sur un circuit aux USA, et en plus un speedway comme Michigan !

Cette première expérience avec l’équipe de Mario Gosselin, pilote bien connu aux USA en stock-car, m’a permis de bien débuter et de comprendre un peu mieux cette technique si particulière avec des voitures aussi lourdes que puissantes, puisqu’elles développent pas moins de 700 chevaux pour un poids de 1,6 Tonne !

Par la suite j’ai eu une opportunité d’effectuer un test, cette fois ci sur un des circuits les plus réputés et rapides du monde, le super speedway de DAYTONA

Là, j’ai vraiment découvert des vitesses incroyables avec une demande de concentration très élevée, puisqu’à ces vitesses-là aucun droit à l’erreur n’est permis.

 Mais déjà, commencer par une treizième place pour une première participation sur circuit ovale, fût un résultat qui au dire des professionnels du stock-car, était une réelle performance.

Par la suite, à Toledo, j’ai confirmé ce résultat en terminant dans le tour du leader, sur un circuit où le tour se boucle en 16 secondes.

C’est dire qu’il faut être dans le rythme et très agressif pour ne pas se faire prendre un tour, surtout avec des gars ayant énormément d’expérience, comme David Ragan et Schroder –  venant directement de la série 1 en NASCAR -,  Scott Speed,  Justin Allgaier, Frank Kimmel – 10 fois vainqueur du Championnat – et bien d’autres…

Enfin,  toutes ces expériences m’ont permis d’atteindre le team de Todd Bowsher, qui fait partie des équipes les plus respectées et reconnues :  ils ont le n°21 depuis presque 60 ans, et on fait courir entre autres des pilotes comme Mario Andretti, AJ Foyt, etc…

 

– Quelles sont les principales différences avec les courses sur circuit routier ?

Tout est tellement différent : gérer le trafic, les arrêts aux stands, les drapeaux jaunes qui peuvent êtres incessants, et où il faut à chaque relance retrouver le rythme…ce qui n’est pas facile quand on vous arrête tous les trois tours !

Bien sûr, je pense que sur les super-speedway, nous aurons moins de drapeaux jaunes que nous pouvons en avoir sur des circuits comme Salem, ou Toledo, qui sont réputés comme très difficiles et particuliers, du fait de leur étroitesse… 

La différence se fait également par les communications avec mon spotter, avec qui nous formons une espèce de pilote à deux têtes. C‘est assez intéressant d’ailleurs, le rapport et la fusion de nos deux esprits, où nous ne formons plus qu’un pendant toute la course.

Je pense que les pilotes de rallye comprendront de quoi je parle.

 

– Quel bilan tires-tu de tes deux courses en ARCA disputées la saison passée ?

Quand je regarde en arrière, je me dis que, malgré le fait que je n’ai fait que deux courses pour l’instant, elle m’ont permis d’engranger déjà beaucoup d’expérience et d’appréhender la suite trés sereinement.

Les progrès ont été rapides à chaque fois, et je peux d’ores et déjà sentir que les petites erreurs réalisées m’ont permis de comprendre beaucoup de choses.

La vitesse à laquelle je peux apprendre de mon équipe, très expérimentée et surtout désireuse de me communiquer tout ce dont j’ai besoin pour vite progresser, me permet de plus d’envisager de la meilleure des façons les prochaines courses…

Suite à ces deux premières courses, j’ai pu ainsi constater qu’avec un peu plus d’expérience – compte tenu de la particularité de ces courses sur ovale – je me sentais tout à fait capable, à moyen terme, de figurer plus près des avant-postes.

Quand je vois le peu de différence de temps en qualification à Toledo, où je suis à moins de trois dixièmes de Scott Speed, qui pourtant avait roulé tout l’hiver pour se préparer, sans compter bien sûr les milliers de kilomètres qu’il a fait en Formule 1 avec Red Bull…

Il faut d’ailleurs voir que nous ne disposons pas du même matériel que certaines équipes : mon châssis à 5 ans, et nous compensons cela par beaucoup de travail avec l’équipe de Todd, et aussi une bonne préparation de notre moteur Ford par Rhynes Engine, qui est un très bon préparateur aux USA.

Mais il faut rappeler que notre objectif pour l’instant, est d’apprendre, terminer les courses, bien sûr essayer de me rapprocher des leaders…tout cela pour être prêt pour mon entrée en NASCAR, le plus tôt possible !

J’ai vraiment une trés belle relation avec Todd Bowsher et son team, en qui j’ai trouvé non seulement une équipe passionnée et très pro, mais aussi une famille aux USA.

Il me tarde maintenant de retrouver le chemin des courses !

 

– Pas trop dur d’arriver en tant que « rookie » ? T’es-tu senti bien intégré dans le paddock ?

Je n’ai pas eu encore trop de contact avec les autres pilotes : pour l’instant, quand nous sommes sur les courses ou les tests, chaque pilote est très concentré et travaille beaucoup avec son équipe.

C’est vrai que je ressens des regards, ils savent que je suis Français, et peut être n’osent-ils pas venir vers moi…

J’ai surtout des contacts avec les journalistes, les photographes qui – je l’ai compris par la suite – me suivaient de très près, puisque, après mes courses, ils m’envoyaient beaucoup de photos de moi.

Les organisateurs aussi sont très sympas à mon égard, ils sont très heureux d’accueillir un pilote venant de France.

 

– Tu as ainsi pu côtoyer Scott Speed, l’ancien pilote de F1…

Oui, d’ailleurs j’ai une anecdote sympa, car lors de ma première course de Salem, c’est le seul pilote qui est venu vers moi, pour me saluer en se présentant !

C’était sur la pré-grille avant d’aller vers nos voitures, nous étions un groupe d’une dizaine de pilotes, et il est venu naturellement vers moi. J’ai trouvé ça très sympa de sa part…

 

– Il y a eu un bel engouement autour de toi, de la part des fans et des médias américains…comment l’expliques tu ?

Depuis le début, dès mon premier test à Michigan avec Mario Gosselin, nous avons été surpris de l’intérêt aussi bien des médias US, mais aussi des personnes qui s’intéressent à la NASCAR.

Les dirigeants nous ont vraiment aidés et ont facilité nos démarches pour rencontrer des équipes.

Ils prouvent que la NASCAR est désireuse d’agrandir son rayon au reste du monde, et, bien entendu, en particulier à l’Europe, où elle sait la passion que nombre d’Européens ont pour ces courses.

Par la suite, bien entendu, j’ai pu voir l’enthousiasme des fans aussi bien à Salem, et encore plus à Toledo pour la venue d’un pilote Français dans ce type de courses.

La séance de dédicaces de Toledo restera gravée dans ma mémoire, car j’ai dû signer des autographes pendant plus d’une heure.

Et les gestes de soutien et d’encouragements m’ont fortement touché et convaincu de la gentillesse et de l’intérêt du public à ma participation aux courses de stock-car.

A Salem, un des responsable de l’ARCA est venu me dire qu’il avait été surpris, puisque leur agence de presse réunissant tous les communiqués avait reçu plus de 1000 demandes de la part des différents médias qui s’intéressaient au « Frenchman », et que nous avions été les plus demandés.

J’ai vraiment été surpris, car je pensais objectivement qu’un garçon comme Scott Speed, avec son environnement, aurait bien plus de demandes des médias Américains…

 

– Quels sont, selon toi, tes atouts pour réussir dans le Nascar ?

Pas facile de répondre à cette question, mais en toute franchise, je pense avoir une très grande capacité à m’adapter aux différentes situations auxquelles un pilote peut se retrouver tout au long de sa carrière.

J’ai aussi une très grande envie d’apprendre et de communiquer avec mon équipe, mais aussi avec ceux qui m’entourent. Je peux donner ainsi beaucoup d’énergie pour répondre aux attentes des sponsors, des médias et des passionnés.

Je pense aussi que mon parcours atypique, est au final un atout, car j’ai dû passer par beaucoup d’épreuves pour continuer à poursuivre ma passion, notamment dans le fait de devoir toujours trouver de nouveaux sponsors.

 Toutes ces épreuves m’ont forgé un solide caractère pour pouvoir appréhender cette grande aventure NASCAR !

Maintenant, aux dires de Todd Boswher, mes atouts sont dans la capacité à anticiper les problèmes et notamment les accrochages, qui sont, bien entendu nombreux dans ce genre de courses.

Je pense que mes années de compétitions en moto-cross y sont pour quelque chose, car ces courses très agressives exigent de savoir toujours anticiper, prévoir les erreurs des autres sans se laisser piéger.

Les qualifications sont d’ailleurs un plus pour moi, puisque c’est le seul moment où je me retrouve seul sur la piste, et où je peux donc totalement m’exprimer et me concentrer sur le pilotage et la meilleure trajectoire.

J’ai d’ailleurs pu, à chaque fois, gagner de nombreux dixièmes par rapport à la séance d’essais libres, qui est toujours surchargée de trafic, et donc pas évidente pour trouver le rythme.

Enfin, je pense que comme dans plusieurs disciplines sportives, pour réussir, il faut beaucoup de passion, de travail, trouver les personnes qui vous soutiennent et avoir aussi le coup de chance.

C’est vrai qu’en plus, dans cette aventure, étant donné que je suis le seul pilote français présent, je dois changer les mentalités de ceux qui pensent qu’un Français en NASCAR, c’est (c’était ) impossible. Mais depuis mes premières courses, nous sentons qu’un pas énorme a été accompli…

 

– Que peux-t-on te souhaiter pour la suite ?

Et bien, de continuer toujours dans cette voie, d’engranger un maximum d’expérience pour atteindre la série 1 de la NASCAR… Pour moi, il est clair que c’est mon objectif, j’ai trouvé un environnement où je me sens totalement épanoui et supporté.

Aussi bien par mon équipe, avec qui nous avons établi un rapport très amical et professionnel, mais aussi par ceux qui se passionnent pour ce sport, et qui sont chaque jour plus nombreux en France et en Europe.

 J’en profite pour les remercier de leurs messages d’encouragements depuis le début de mon aventure NASCAR !

Pour conclure, retrouvons une vidéo de Michel Disdier en action sur les speedways Américains, en 2008…Enjoy !

 

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